*Songe à la douceur* de Clémentine Beauvais sort aujourd’hui en librairie!

Je reposte ce billet qui date d’il y a 2 mois très précisément à l’occasion de la sortie en librairie du roman de Clémentine!

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(…) là où le présent caresse,
plus tard le passé pince.

C’est une de mes phrases préférées de *Songe à la douceur*. Un roman-hommage à Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine signé Clémentine Beauvais ; un roman parfaitement audacieux dans la forme (c’est un novel in verse ou roman en vers libres) dont la parution, attention, est prévue le 24 août prochain chez Sarbacane dans la collection Exprim’.

J’aime aussi beaucoup cette phrase-là :

Tatiana se met à attendre l’arrivée
désormais quotidienne
de l’absence d’Eugène.

Et ce passage-ci :

(…) c’est ce que je me souhaite,
et c’est ce que je te souhaite à toi aussi,
que l’on vive, peut-être,
ce tout :
un amour
plein, frais et rond comme une pomme verte,
un amour
qui tient exactement dans tes deux mains ouvertes (…)

*Songe à la douceur* m’a accompagnée plusieurs jours au début de ce mois de juin. On suit Tatiana et Eugène qui vont se tourner autour de manière plus ou moins assumée durant plusieurs années. Il y a dans ce texte les ravages de l’amour et la peur de se dévoiler ; il y a des esprits torturés entre doutes atroces et certitudes potentiellement dangereuses (il n’est pas bon d’être trop sûr de soi et Eugène l’est un peu trop souvent…). Il y a dans *Songe à la douceur* de l’amour fou / exclusif / passionné / de l’amour sans concessions. Tatiana m’a fait penser à Ariane de Belle du Seigneur à plusieurs reprises et je me suis revue, adolescente, avec des sentiments très similaires.

Il y a dans *Songe à la douceur* la volonté de réussir, de vivre quelque chose de vrai et d’unique, la volonté de ne pas se tromper et de savoir de manière sûre quel chemin on doit prendre… sauf que ça, ça n’existe pas, « le chemin parfait sans erreur qui te fait te sentir épanoui durant toute ton existence ». Alors il faut oser / vivre / donner une chance / essayer / se planter, peut-être. Et si on se casse les dents, tant pis, car l’important, c’est de profiter du présent, profiter du m.o.m.e.n.t.
Et demain ?? On verra bien.

Clémentine Beauvais se montre dans ce nouveau roman d’une générosité folle et fait preuve d’un sens de la narration parfaitement maîtrisé. Elle ose la forme du novel in verse encore peu connue et usitée en France, et tout cela avec brio. Ce n’est pas intimidant et on n’est jamais perdus ; c’est un texte d’une modernité étonnante, et les personnages nous font tour à tour sourire, réfléchir, s’émouvoir et s’offusquer.

Dès le 24 août prochain aujourd’hui!, je ne saurais trop vous recommander de filer chez votre libraire, de vous procurer un exemplaire de *Songe à la douceur* et de l.i.r.e. (Ne dévorez pas trop vite, même si c’est tentant 😉 . Prenez le temps de savourer la relecture de certains passages, arrêtez-vous sur les mises en page qui apportent du sens, lisez des passages à voix haute…

20160623_174958Cette page est sublime…

Note : Clémentine Beauvais est également l’auteur du formidable roman Les petites reines.

*Le Festin de Citronnette* de Angélique Villeneuve & Delphine Renon

4Citronnette n’a pas l’âme d’une aventurière. C’est une jeune personne plutôt timide qui aime cui-si-ner. Les visites au fond de son jardin sont donc plutôt rares mais ce matin là, elle surprend de drôles de choses comme un étrange chapeau noir, un « rocher rond, tout gris, tout râpeux » et même « un nez pointu »! Citronnette n’est pas rassurée mais va se remettre de ses émotions avec une tasse de bon chocolat chaud.

Dans sa cuisine, Citronnette se prépare un chocolat chaud. Tout en réfléchissant, dans une jolie tasse elle verse le liquide bouillant. Sur le dessus, la mousse est comme un gros nuage.

Du placard, elle sort une deuxième tasse.

Elle la remplit et hop, un nouveau nuage de neige apparaît.

Elle dépose la deuxième tasse au fond du jardin et celle-ci sera bien vite appréciée. Chapeau, rocher et nez semblent s’être réveillés…

Cela encourage Citronnette le lendemain matin à faire encore mieux, elle cherche « une idée plus merveilleuse encore qu’un chocolat chaud »… Elle va se lancer dans la recette de la tarte aux prunes!

Citronnette a les mains blanches de farine et le cœur plein de joie. Depuis toute petite, elle aime faire la cuisine. Aujourd’hui, elle a enfin quelqu’un à régaler.

Citronnette va déposer sa (magnifique) tarte dans le jardin et chapeau, rocher et nez vont se précipiter vers la délicieuse pâtisserie! Citronnette connaît à nouveau un joli succès, que va préparer Citronnette le lendemain? Et le surlendemain…? Je ne révèlerai rien de la fin, juste que le futur s’annonce bien moins solitaire pour tous.

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Citronnette apprivoise petit à petit le chapeau, le rocher et le nez et fait du même coup taire sa timidité. Elle qui reste souvent à l’écart est ici au cœur de la scène et prend son temps. Elle fait reculer sa propension à se tenir en retrait à son rythme.

Le texte de Angélique Villeneuve est d’une beauté, ouh là là… J’aime particulièrement comment les émotions gagnent peu à peu tout le petit monde du jardin. Tout se passe sans mot, mais les sens, les corps et même les objets sont peu à peu éveillés, émoustillés… Les respirations sont contentes, les yeux semblent pleins d’étoiles…

Tandis que la casserole gargouille, délice, délicieuse, Citronnette tapote gentiment la tête noire du chapeau, vient frotter le dessus du rocher, s’étonne de le trouver si doux, tout à coup, le rocher. Si rond. Derrière elle, deux bras velus enlacent le vieux tronc du prunier. On dirait qu’ils s’apprêtent à danser.

Et les odeurs délicieuses qui s’échappent de partout, mmmhhh, quel régal, mais quel régal! Que dire des illustrations de Delphine Renon? Mais elles sont merveilleuses, les couleurs acidulées, les volutes, les décors et les personnages. Tout prend vie petit à petit, et voir le rocher content, ça c’est quelque chose!

*Le festin de Citronnette* est un album absolument épatant. Citronnette est une jeune personne que j’aimerais rencontrer. Elle met tout son cœur dans ce qu’elle aime faire et prend son t.e.m.p.s., j’aime ça.

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*Le Festin de Citronnette* de Angélique Villeneuve & Delphine Renon vient de paraître chez Sarbacane (14,90 euros).

*Dysfonctionnelle* de Axl Cendres chez Sarbacane

— Mise à jour du 9 octobre : j’ai parlé de Dysfonctionnelle il y a quelques semaines ici et ça y est, le roman est sorti cette semaine en librairie! —

Je parle d’un roman aujourd’hui. Enfin, pas tout à fait parce que je ne dis rien de l’intrigue et des personnages dans ce billet… Je parle des émotions qu’il a fait naître en moi, je ne pouvais pas les garder alors ne m’en veuillez pas si vous n’apprenez pas grand chose sur l’histoire :-)

P1090127Le texte en 4ème de couverture : Fidèle, alias Fifi, alias Bouboule, grandit dans une famille dysfonctionnelle ; Papa enchaîne les allers-retours en prison, Maman à l’asile ; mais malgré le quotidien difficile, Fidèle vit des moments de joie,  entourée de ses six frères et sœurs aux personnalités fortes et aux prénoms panachés : Alyson, JR, Dalida, Jésus… Cette tribu un peu foldingue demeure Au Bout Du Monde, le bar à tocards que tient le père dans Belleville, théâtre de leurs pleurs et rires…
À l’adolescence, la découvre de son « intelligence précoce » va mener fidèle à « l’autre » bout du monde : un lycée des beaux quartiers où les élèves se nomment Apolline ou Augustin, et regardent de haut son perfecto, ses manières de chat de gouttière et ses tee-shirts Nirvana. Mais c’est là que l’attend l’amour, le vrai, celui qui forme, transforme… CELUI QUI SAUVE.

P1090130Mon exemplaire est tout annoté et plein de pages sont marquées. *Dysfonctionnelle* m’a transportée, voilà.

P1090131« Je pense qu’on ne tombe pas amoureux d’un garçon ou d’une fille, mais d’une personne. »

J’ai commencé *Dysfonctionnelle* ce dimanche matin et l’ai fini en fin d’après-midi. Il m’a tourneboulée, il m’a fait me bidonner et il m’a émue aux larmes, il a profondément résonné en moi… C’est un roman rare. Où l’on voyage dans le temps et les émotions. Où l’on a mal autant que l’on rit.
*Dysfonctionnelle* donne furieusement envie de vivre, de rire, *d’essayer*, et tant pis si on se casse les dents, il faut continuer.
Ahh, *Dysfonctionnelle* donne faim aussi :-) . Le passage avec le pain perdu de Zaza, ouh là là, je ne dis que ça!
*Dysfonctionnelle* est un *grand* roman, signé Axl Cendres, et il sortira le 7 octobre prochain chez Sarbacane dans la collection Exprim’.

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Ah, je vais finir ce billet par une déclaration aux héroïnes…

 – Fifi, je t’aime.

 – Sarah, tu n’as pas à être jalouse car c’est en tout bien tout honneur :-)

*Il était 2 fois dans l’Ouest* de Séverine Vidal et Anne-Lise Combeaud chez Sarbacane

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(…) les paysages peuvent vous retourner le cœur comme une crêpe.

Luna vit en France, a 11 ans et une chance folle cet été-là (enfin, je trouve!) : elle va passer un mois aux États-Unis, en Arizona précisément, avec sa mère. Celle-ci est maquilleuse pour le cinéma et est engagée pour un tournage là-bas. Passé les difficiles au-revoir avec son petit frère (c’est dur pour lui ! il a compté le nombre de dodos que sa grande sœur va passer loin de lui – 33 ! 33 dodos hors de la maison, c’est long !), le voyage file vite et Luna arrive en Arizona et c’est ♥♥♥! Jugez plutôt :

3Josh a 11 ans également. Il vit en Arizona et il aurait aimé passer ses vacances ailleurs qu’à la Réserve (Josh est un Indien Navajo) mais il sera coincé là à cause d’un évènement familial (sa sœur organise sa kinaalda – cérémonie de puberté).

Luna et Josh vont se rencontrer et assez vite s’apprécier. Heureusement, car ils vont connaître pas mal de galères (notamment une rencontre avec un coyote dans le désert ; sans compter le terrible Sloppy Joe qui va les prendre en otage…) et donc passer pas mal de temps ensemble.

Il était 2 fois dans l’Ouest, c’est de l’Aventure avec un grand A et des paysages à couper le souffle ; c’est aussi la découverte d’une autre manière de vivre et d’appréhender le monde : celle des Navajos. On a plaisir à découvrir un peu de leur histoire au fil du récit, leur manière de se nommer, les cérémonies rituelles de la puberté ou bien celle de la guérison.

Séverine Vidal nous donne à voir, et à vivre, une vraie tranche de quotidien américain. Elle a parfaitement mouliné de très bons ingrédients (l’aventure, une belle amitié amoureuse, des paysages de rêve). Sa plume drôle, émouvante et… belle, tout simplement, ne peut qu’emporter le lecteur (j’ai eu plaisir à retrouver des choses ressenties lors de mes voyages aux Etats-Unis et ça m’a donné des frissons!). Je termine par un mot sur les illustrations d’Anne-Lise Combeaud. Elles sont tour à tour drôles (cf. le bonus 1 avec Odette la poule :-) ), touchantes (cf. les pp. 168-169…), et comment dire… vraies. On se croirait là-bas grâce à ses dessins et ses paysages, c’est très fort!

4Un peu du bonus 1 avec Odette :-)

En résumé : Il était 2 fois dans l’Ouest est un très très bon Pépix!

Moi, j’adore ça, les voyages en avion : voler, rêver, faire le bilan de l’année en regardant les nuages, observer les petits rituels des passagers en stress…

 

*Il était 2 fois dans l’Ouest* de Séverine Vidal et Anne-Lise Combeaud chez Sarbacane (Pépix). 10,90 euros.

5Séverine Vidal a une double actualité!

C’est aujourd’hui que sort Il était 2 fois dans l’Ouest, et il y a aussi l’excellent Quelqu’un qu’on aime dans la collection Exprim’.

Le Bateau de fortune de Olivier de Solminihac et Stéphane Poulin chez Sarbacane

P1040814Michao, Marguerite et le narrateur de cette histoire ont prévu de passer une journée au bord de la plage. A l’arrivée, c’est la déception, l’immense contrariété même… Michao a tout oublié : pas de seau ou de pelle ni de maillots de bain, le coffre de la voiture est vide, très très vide! Désoeuvrement et découragement ne sont pas loin. Non mais c’est vrai, que faire au bord de la mer quand on n’a rien apporté pour s’amuser? Faire demi-tour? Non, pas tout de suite… Les trois copains vont composer avec ce qui est sur place, et puis imaginer, rêverIls vont construire un bateau et le mettre à l’eau.

On enlève nos sandales tous les trois, on retrousse nos pantalons et on se risque juste un peu au-delà des vagues. Michao pose le bateau juste à la surface de l’eau. La marée, lentement, l’emporte vers le large.

« Où va-t-il? » demande Marguerite.

Michao touche l’horizon avec son doigt :

« Il faut imaginer. »

On n’a pas besoin de grand chose pour profiter et pour être heureux… voilà ce qui dit ce superbe album. Quel message fort!

P1040815 P1040816Le texte est signé Olivier de Solminihac et Stéphane Poulin est aux illustrations. J’ai lu et relu ce texte maintes fois depuis qu’il est sorti en mars dernier. Parce que j’en ressentais l’envie, presque le besoin. Et je ne m’en lasse pas, c’est sobre et puissant, je suis émue à chaque fois! Quant aux illustrations, elles sont lumineuses et superbes. Toutes mériteraient d’être extraites pour en faire des affiches, des tableaux…

En résumé, Le Bateau de fortune de Olivier de Solminihac et Stéphane Poulin est un album profondément touchant à contempler encore et encore.

P1040817 P1040819Le Bateau de fortune de Olivier de Solminihac et Stéphane Poulin est paru aux Éditions Sarbacane.

Les lectures de la semaine qui m’ont fait voyager, qui m’ont émue et fait sourire

C’est quand qu’on retourne aux Etats-Unis?

IMG_20150621_120253Luna et sa mère vont passer 33 nuits aux Etats-Unis. Elles viennent d’arriver à Monument Valley :

Je crois que je n’ai jamais rien vu d’aussi beau. On ne parle même plus, maman et moi. Souffle coupé. Pas besoin de mots. C’est simple : j’ai mes poils de bras qui se dressent tellement c’est chouette!!

Le voyage file tout seul, le spectacle est là, juste au bord du chemin.

Après quelques jours, l’émerveillement de Luna est toujours comme neuf :

Monument Valley s’embrase, couleurs de feu, et j’ai la chance d’être là pour assister au spectacle. Je crois que je n’ai jamais rien vu de plus émouvant de ma vie… En fait, j’ignorais que parfois, les paysages peuvent vous retourner comme une crêpe.

Extrait de Il était 2 fois dans l’Ouest de Séverine Vidal et Anne-Lise Combeaud, un Pépix à paraître le 26 août prochain chez Sarbacane.

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LA préface qui m’a profondément touchée et émue…

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Couverture provisoire

« C’est arrivé ou ce n’est pas arrivé, écrit Luda, mais tout peut arriver même si ça n’arrive pas. » Elle n’est plus là depuis qu’elle l’a décidé, en 2002. (…) Forte personnalité et grande réserve (chez elle, l’un n’empêchait pas l’autre…), voix grave et veloutée, franc-parler, civilité extrême, un si beau visage, le front dégagé par des peignes de nacre, souvent en pantalon et chemisier à jabot, toujours de gris vêtue, la couleur de ses yeux. Elle aimait la langue de veau sauce ravigote, les airelles, le gingembre confit, la culture des terroirs, les jouets traditionnels, les artistes de l’avant-garde russe des années 1920, et les petites poupées, Yeats, Maïakovski, Cendrars, O. Henry, Mark Twain, W.C. Fields et Eisenstein, les nouvelles policières, et ces contes obliques où les mensonges disent la vérité. Elle pouvait énumérer les treize desserts de Provence, connaissait mieux le Caucase que l’Amazonie, préférait Andersen aux Grimm qu’elle trouvait trop cruels, etc.

(…)

Avec Luda, j’étais nourrie à la meilleure des sources, une gelée royale. Un passage de … témoin et une merveilleuse initiation : « Qui s’attarde à écouter un sage conseil gagne du temps. » Son amitié, sa présence me manquent de plus en plus au fil du temps, comme ses réponses aux questions que je n’ai jamais su lui poser : trop tôt, trop tard! Et peut-être me dirait-elle, comme dans Vassilissa-la-très-belle : « Demande! Mais toute question n’est pas bonne à poser. D’en savoir trop long, on vieillit trop vite! »

Luda est partie avec toute cette mémoire en elle, mais ses contes continuent à vivre et à courir le monde… Voilà. C’est comme ça que c’est arrivé. Comme ça et pas autrement.

– Épreuves non corrigées – Extrait de Cet endroit-là du conte, le superbe texte que signe Muriel Bloch en ouverture de Contes de Luda, un recueil de contes à paraître le 8 octobre prochain chez Gallimard jeunesse – Giboulées.

 

Totoro : 1 / Superman : 0

IMG_20150626_223337Cette BD est malheureusement épuisée depuis pas mal de temps mais j’ai réussi à trouver un exemplaire d’occasion cette semaine et je suis trop contente de pouvoir enfin la relire à l’envi, sans aller l’emprunter régulièrement à la bibliothèque…

Elle est humaine, il est chat. Elle n’est pas rousse mais « blond vénitien », c’est un vrai goinfre. Elle aime le thé, il fume la pipe. Leur couple est improbable mais bien réel et leurs aventures se lisent avec délectation!

Un extrait en images (clic sur chacune d’elles pour les voir en plus grand) :

20150627_000846-001 20150627_000820-001 20150627_000827-001Extrait de Shä & Salomé – Jours de pluie de Loïc Clément et Anne Montel chez Jean-Claude Gawsewitch.

 

IMG_20150626_102120-1Bon week-end :-)

*Le journal de Gurty* de Bertrand Santini chez Sarbacane

P1040954Gurty est une chienne qui raconte ses aventures de vacances – en Provence! – sous la forme d’un journal intime.

Gurty n’est pas seule en vacances. Il y a aussi Gaspard – son humain. Pour eux, les vacances s’étendent du 1er au 42 juillet et ça démarre très fort. Gurty était à peine arrivée à Aix-en-Provence que je riais déjà!

(…) les portes se sont écartées en faisant pschit et une bouffée d’air chaud m’a sauté aux moustaches, comme lorsqu’on ouvre le four pour voir si la pizza va bien.

Ouf ! La voix du train n’avait pas menti. Le vent de la nuit sentait bon le pistou, la lavande et les cannellonis.

Je me suis mise alors à faire de petits bonds d’excitation, exactement comme lorsque j’ai des vers.

Passée l’excitation de l’arrivée, Gurty part dormir :

La sieste dans le train m’avait épuisée et demain je devrais être en forme, car j’aurais plein de vacances à faire.

Franchement, des premiers chapitres qui démarrent aussi bien, vous en connaissez beaucoup? Mais le mieux, c’est que c’est comme ça tout au long du roman! 😉

P1040955 P1040957Chaque chapitre raconte un jour de vacances. Gurty rapporte ses méfaits, elle fait des bêtises plus grosses qu’elle et les raconte le plus souvent avec une parfaite mauvaise foi. Les scènes avec Tête de Fesses, aka Jean-Jacques, le chat des voisins (il est un peu bête et Gurty n’arrête pas de se jouer de lui), sont particulièrement réussies!

Gurty a des gourmandises qui n’appartiennent qu’à elle…

En mijotant toute une année sous terre, l’os avait complètement viré au bleu. Il empestait le moisi et grouillait de petits vers verts. De ma vie, je n’avais jamais rien senti d’aussi infect.

Pire qu’une couche de bébé !

Et ce fut donc le meilleur repas de ma vie.

Mais ce qu’il y a d’encore plus horrible, c’est le chapitre du 14 juillet, le chapitre avec la barba à papa… ahhh, je n’en dis pas plus! Gurty est une horrible!! Ceci dit, Gaspard est pas mal aussi dans son genre (le dernier chapitre, celui du train, ah là là, tout un poème, et tout ça pour l’amour de sa chienne!).

Bon, malgré tout, Gurty a une amie, Fleur. Fleur n’est pas normale mais faut pas se moquer, nous dit Gurty! Fleur dit « u » pour oui et « rodondondon » pour rhododendron. Ensemble, Gurty et Fleur partagent plein de moments drôles (le chapitre de la dispute, pp. 66-67!), des moments souvent absurdes aussi!

Entre se régaler, contempler les vaches, rendre chèvre le chat des voisins et se reposer : Gurty sait profiter de ses vacances! C’est une chienne pleine de mauvaise foi, certes, mais elle est fort attachante ! Elle a de bons mots (« moi, j’adore être heureuse » ; « personnellement, je trouve ça nul d’être idiot »), de la repartie si bien qu’elle est en fait irrésistible.

P1040958 P1040959En bonus, à la fin de la fin, il y a des jeux et de bons conseils prodigués par Gurty herself, des bonnes recettes aussi sont dévoilées, ahah, je ne vous dis que ça !

Bon, tout ça pour dire que 1. je dis BrAvO ! à Gurty – Bertrand Santini (on apprend dans un rabat de couverture que « Sous le pseudonyme de Bertrand Santini, Gurty a écrit et illustré ce livre elle-même.« ) et merci de m’avoir fait passer un si bon moment de lecture! et 2. Le journal de Gurty est parfaitement indispensable dans une bibliothèque donc courrez chez votre libraire!

Et pour finir avec le sourire, une dernière image :

P1040961On est nombreux à aimer les aventures de Gurty et les divers articles sont répertoriés sur sa page Facebook (et celle-ci contient d’autres bonnes surprises!).

Le journal de Gurty – Vacances en Provence de Bertrand Santini est publié chez Sarbacane dans la collection Pépix (9,90 euros).

Clémentine Beauvais #3 – Les petites reines

Après Carambol’Ange, en voici plus sur Les petites reines, l’autre roman de Clémentine Beauvais qui paraît cette semaine, demain précisément, chez Sarbacane!

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Ça y est, les résultats sont tombés sur Facebook : je suis Boudin de Bronze.

Perplexité. Après deux ans à être élue Boudin d’Or, moi qui me croyais indéboulonnable, j’avais tort.

J’ai regardé qui a remporté le titre suprême. C’est une nouvelle, en seconde B; je ne la connais pas. Elle s’appelle Astrid Blomvall. Elle a des cheveux blonds, beaucoup de boutons, elle louche tellement qu’une seule moitié de sa pupille gauche est visible, le reste se cache en permanence dans la paupière. On comprend tout à fait le choix du jury.

Le Boudin d’Argent a été décerné à une petite de cinquième, Hakima Idriss. C’est vrai qu’elle est bien laide aussi, avec sa moustache noire et son triple menton ; on dirait un brochet.

Voilà les toutes premières phrases des petites reines. C’est Mireille qui nous parle, Mireille Laplanche. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle s’exprime avec un franc-parler étonnant. Le ton est donné très vite et c’est comme ça tout du long (ou presque).

Mireille, Astrid et Hakima n’ont pas le même âge, ne sont pas dans les mêmes classes mais leurs destins sont liés. C’est le fait d’être Boudins qui va les faire se rencontrer (le « concours de boudins » est un concours non-autorisé officiellement mais qui dure depuis plusieurs années dans leur collège), échanger et finalement les mener de Bourg-en-Bresse à Paris. En vélo. Absolument.

Complètement improbable et un brin déjanté tout ça, n’est-ce pas? Nan, mais en fait, pas tant que ça 😉 ! Bon, je reprends, un peu plus calmement. Mireille, Astrid et Hakima habitent toutes 3 à Bourg-en-Bresse (ahhh, la description de Mireille est fameuse, j’ai adoré ce passage!). Elles ont été élu Boudins, se rencontrent, se lient, s’apprécient. Et elles vont aller à Paris. Ensemble. En effet, Mireille veut retrouver son père biologique. Astrid voudrait rencontrer Indochine. Hakima voudrait venger son frère. Le lien entre ces éléments? La garden-party de l’Elysée du 14 juillet. Le père de Mireille, Indochine et celui qui a brisé la vie du frère aîné d’Hakima s’y trouveront. Et nos trois héroïnes vont tout faire pour gate-crasher la garden-party! Bon, mais comment rallier Paris?

– Atten-ten-tends, je te raconte un truc, Mamounette, faut que je te dise un truc de fou, ce soir je suis tombée amoureuse du Soleil, et en plus j’ai deux nouvelles amies, non seulement ça mais en plus on va aller s’incruster à la garden-party de l’Élysée du 14-Juillet, c’est prévu, on est en train de finaliser les détails pour organiser ça bien proprement à cause du fait qu’il y aura là-bas le général Sassin qui a niqué les jambes au Soleil qui est le frère de ma nouvelle pote (enfin, une des deux), et puis Indochine le groupe culte de l’autre nouvelle pote et du coup faut que j’écoute les chansons, et puis Klaus mein Vater à qui je compte bien dire que c’est mon père et qu’il a intérêt à assumer son accident de préservatif! Alors alors, tu me conseilles quoi Maman, à moi et aux deux autres Boudins, pour monter sur Paris et gate-crasher la garden-party de l’Élysée – gate-crasher ça veut dire taper l’incruste –, hein ? Tu nous conseilles quoi?

– Allez-y à vélo, ça vous musclera les mollets.

A vélo. Voilà, c’est dit. Et pour gagner de l’argent durant le trajet, elles vendront des boudins.

C’est un drôle de périple et un vrai défi sportif et humain qui démarrent. De multiples obstacles et déconvenues ponctueront le voyage. Mais il y a tant de surprises aussi : l’amitié, les fous rires, Mireille qui s’enflamme pour le frère aîné d’Hakima qui les accompagne, la vente des boudins qui remporte de plus en plus de succès chemin faisant. Mireille, Astrid et Hakima vont s’affirmer, oser répliquer, gagner en confiance en elles… Mireille, Astrid et Hakima font leur bonhomme de chemin en pédalant.

Une fois arrivés à Paris, que vont faire nos Boudinettes, vont-elles oser se présenter à ceux qu’elles fantasment / craignent ou les 2 à la fois? Je ne dis rien là-dessus, il vous faudra ouvrir Les petites reines!

Rire, rire vraiment en lisant, je ne sais pas pour vous, mais chez moi, ça n’est pas si courant. Avec ses petites reines, Clémentine Beauvais a réussi à me faire rire – pas seulement sourire! On rit, mais on réfléchit aussi… Sur la question des apparences, sur la sacro-sainte image. Sur la cruauté des jugements à l’emporte-pièces. Les petites reines est un roman pour le moins étonnant et drôle, émouvant et tendre, un brin déjanté mais tout se tient, et ça, c’est épatant! Bravo Clémentine 😉

Pour finir, l’extrait que j’aime tant où Mireille parle de sa ville :

Moi j’aime Bourg-en-Bresse, ma ville, ma belle cantinière. C’est une ville qui nourrit bien ses habitants. Il y a des boulangeries où l’on trouve des tartes au sucre grandes comme des roues de vélo, toutes globuleuses de pralines roses. Il y a LEFRANÇAIS, la vaste brasserie tellement tapissée de miroirs et de dorures qu’on a les yeux qui piquent en mangeant son filet Pierre, un coussin de viande de bœuf crue qui se coupe à la fourchette comme une énorme fraise. Il y a le restaurant de mes grands-parents, le GEORGES & GEORGETTE, deux étoiles au Michelin, en face de l’église de Brou blanchie par un récent récurage. On y sert des grenouilles entières clapotant dans des flaques de beurre persillé, des coquelons de fonte où se recroquevillent des escargots fumants, des quenelles énormes et boursouflées d’où s’échappent des fumerolles, des pâtés en croûte logés dans une gelée vitreuse…

Et de ces plateaux de fromages ! Bresse bleu pommelé de moisissure, morbier strié de cendre, mimolette extravieille rouge comme la brique ; et des faisselles pleines de caillots, qu’on saupoudre de ciboulette et qu’on recouvre de crème épaisse…

Et des hémisphères de vin dans les verres – et puis, à l’heure du café, d’innombrables boîtes de chocolats…

Et des fougasses, des brioches et des tourtes, des pains de toutes les formes et de toutes les tailles, fourrés aux olives vertes, aux poivrons, aux figues, aux oignons, aux noix et au saucisson, des pains chauds et spongieux, qui collent aux dents, qui boivent le beurre et la cire jaune du foie gras…

Alors oui, pas étonnant que je sois un poil plus dodue que la mannequin rousse en vitrine de chez SANDYCOIFFURE, pas étonnant que je boude le Sandwich & Sans Reproche de la cantine (deux Krisprolls et un morceau de poulet 100 % bio, 0 % matière grasse, 1,2 % sucre).

Les petites reines de Clémentine Beauvais paraît cette semaine chez Sarbacane dans la collection Exprim’.

D’autres avis sur le roman : chez Audrey, Bob et Jean-Michel, Marinette, …

Une bande-son est associée au roman, la voici :

Et le teasing du roman :

Clémentine Beauvais #2 – Carambol’Ange

Après l’interview de Clémentine Beauvais, en voici un peu plus sur ses 2 nouveaux romans qui paraissent dans 2 jours très précisément, le mercredi 1er avril. Aujourd’hui, je vous parle de Carambol’Ange, un nouveau titre dans la collection Pépix.

couv-carambolange-finalPaulette Pétillon a 93 ans. Elle réside à la maison de retraite des Jonquilles jaunissantes. Enfin, résidait. Nel, ange de rang 47, est chargé aujourd’hui de l’accompagner au Paradis à bord de sa voiture volante. En chemin, Paulette ne cesse de poser des questions. C’est que la vieille dame, même décédée, n’a pas sa langue dans sa poche. Présentement, c’est la fin de sa vie qui la turlupine… Elle doute fort d’être morte d’une attaque par une bête sauvage! Elle doute tellement qu’elle va demander à Nel d’enquêter non seulement sur son décès mais aussi sur la disparition d’une jeune infirmière qui a eu lieu quelques jours auparavant à la maison de retraite. Cette jeune femme, Jessica, traitait avec respect Paulette et sa disparition l’inquiète beaucoup.

Même s’il ne la connaît pas, Nel ne va pas laisser cette petite grand-mère! La rencontre de Paulette transforme vite la vie bien réglée de Nel en un tourbillon d’évènements. Ils devront aller jusqu’en Enfer pour tout savoir (Nel ne va pas enquêter tout seul!) mais ensemble, ils n’ont peur de (presque) rien, ni des démons motards – les Hells Angels, ni de Cerbère ou du Diable lui-même!

P1040277Ahh, que de rythme et d’humour dans ce texte de Clémentine Beauvais! Pas une minute de répit dans ce Carambol’Ange, il est mené tambour battant! Il y a quantité de références musicales (les démons de minuit d’Emile et images, Led Zep) et littéraires (Harry Potter, Conan Doyle la référence à la collection Pipax, enfin Pépix (p. 139) : excellent !) sympathiques. Les illustrations d’Eglantine Ceulemans sont toniques et parfaitement dans le ton de Clémentine! Au milieu de toute cette action, l’émotion ne manque pas. La relation entre Paulette et Nel est pleine de tendresse et l’air de rien, Clémentine Beauvais évoque le traitement des personnes âgées dans les maisons de retraite. Elle aborde aussi les question de la fin de la vie et de l’après avec finesse. Carambol’Ange mêle donc habilement action et émotion, c’est le nouveau titre de la collection Pépix à lire absolument !

Carambol’Ange de Clémentine Beauvais et Eglantine Ceulemans est publié par la maison Sarbacane et il sort le 1er avril 2015.

D’autres avis sur le roman : chez Bob et Jean-Michel, Marinette, …

Clémentine Beauvais #1 – Interview

Le 1er avril prochain,

vont sortir 2 romans de Clémentine Beauvais chez Sarbacane.

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Deux romans – un dans la collection Pépix : Carambol’Ange (illustré par Eglantine Ceulemans) et un dans la collection Exprim’ : Les Petites reinesque j’ai eu la chance avec quelques autres blogueurs de lire en avant-première grâce à Sarbacane! La maison d’édition nous a aussi permis d’interviewer Clémentine! Oui, absolument!

Les romans sont, croyez-moi 😉 , géniaux! et je vous les présenterai dans quelques jours… En attendant, je vous propose de lire les réponses aux questions que j’ai posées à Clémentine!

C’est parti?

C’est parti :-)

* De l’humour *

Carambol’Ange et Les petites reines vont paraître le mois prochain… Après la gravité de La pouilleuse et de Comme des images, voilà des textes plus légers et souvent drôles, un brin déjantés voire complètement barrés. Avez-vous cherché ce changement de ton et d’ambiance?

Aimez-vous l’humour? Auriez-vous envie de signer à nouveau des textes drôles? (juste une note : vos 2 textes paraîtront le 1er avril et ça me fait sourire!)

Clémentine Beauvais : Oui c’est sûr, je m’attends un peu à ce que toute l’équipe de Sarbacane m’appelle le jour de la parution en disant ‘POISSON d’AVRIL !! Il n’a jamais été question de sortir ces deux romans complètement idiots !! Rends-nous ton avance et va pleurer dans ton oreiller !’ (Ils seraient mal barrés, j’ai déjà tout dépensé en chaource et roquefort, ça coûte cher le fromage en Angleterre). J’ai déjà un certain nombre de textes drôles à mon actif : Les petites filles top-modèles en France, et tous mes livres anglais (deux séries pour enfants). D’ailleurs, les Anglais ne me réclament QUE des textes drôles. Je suis la comique de service chez les Grands-Britons. Il faut que j’invente huit gags à la minute pour ma série des Royal Babysitters, c’est épuisant. Je mange trois clowns chaque matin au petit-déjeuner, bien mixés dans mon porridge. Bref, oui, l’humour c’est en fait beaucoup plus ‘mon truc’ que le Sérieux, si on regarde bien.

* De l’illustration *

Parfois, vos textes sont illustrés, comme Carambol’Ange. Avez-vous un « droit de regard«  sur l’illustrateur choisi? Connaissez-vous Eglantine et/ou avez-vous travaillé ensemble? si non, aimeriez-vous le faire, travailler en collaboration avec un illustrateur?

Avec Eglantine, on s’est envoyé des tas d’emails, au sujet de tout et de rien et de plein de choses, donc maintenant on est e-potes. Les collaborations avec les illustrateurs peuvent être incroyablement enrichissantes, et même modifier le texte. Avec Antoine Déprez, qui a illustré notre album La louve, on a eu de nombreuses discussions sur le texte et l’interaction texte-image. C’est une relation dynamique, l’illustrateur n’est pas un exécutant, il fait entièrement partie de la création aussi.

Quel regard portez-vous sur l’illustration?

Ecarquillé. J’adore recevoir les échantillons d’images, découvrir ce que l’illustrateur/trice a fait, repérer les petits détails drôles – Anne Rouquette, dans notre album Lettres de mon hélicoptêtre, a caché des inventions de Léonard de Vinci, des références au cinéma américain, une tasse de thé qui jamais ne tombe du ciel…

Avez-vous envie vous-même d’illustrer ?

Pourquoi pas, mais ce n’est pas une priorité pour l’instant.

* Des thèmes de prédilection? *

Vous abordez des sujets très divers dans vos textes. Il y a une superbe amitié intergénérationnelle dans Carambol’Ange, mais la question de la vie après la mort également. Des amitiés adolescentes dans Les petites reines mais aussi la question des apparences, du physique et de la différence mais pas seulement, la paternité, la guerre… et vous êtes toujours juste.

J’ai l’impression que vous pourriez parler de tout mais tout de même : avez-vous des thèmes de prédilection? Un thème qui vous tiendrait à cœur pour un prochain texte?

Merci, c’est gentil. Tout ça tourne souvent autour des questions de l’enfance (qui m’intéresse aussi d’un point de vue universitaire), du temps qui passe, de la difficulté de s’entendre avec les gens… Un truc qui n’a pas l’air de me fasciner pour le moment, c’est l’amour. J’y viendrai peut-être quand je serai grande. Sinon j’aimerais bien pondre une histoire qui se passe sur une durée plus longue, mes histoires sont toujours à fond les ballons, une journée pour La pouilleuse et Comme des images, trois jours pour Carambol’Ange, six jours pour Les petites reines… Un jour j’écrirai une immense fresque façon Les Maîtres de l’Orge ou Les oiseaux se cachent pour mourir, qui traiterait habilement au travers de multiples personnages des changements sociopolitiques consécutifs à l’évolution culturo-idéologico-sociétale d’une période charnière de l’histoire de France. Allez demain je m’y mets.

* Public et tranches d’âges *

Vous signez des textes d’albums, de romans courts pour des plus jeunes, de romans ados. Quelle est votre position face aux tranches d’âge?

Moins… euh… tranchée qu’avant ! Avant, je pensais qu’il était criminel de penser par tranche d’âge. Maintenant, j’en comprends un peu plus la logique. Personnellement, je préfère parler en termes de classes qu’en termes d’âge – la barrière de la sixième change tellement de choses dans la vie d’un enfant qu’il y a souvent plus de différence entre deux enfants de 11 ans dont l’un est en CM2 et l’autre en sixième qu’entre deux enfants de 10 et 12 ans qui sont tous les deux en CM2. Mais ça reste une généralisation principalement utile aux créateurs, aux éditeurs, aux médiateurs et aux parents. Je ne l’utiliserais jamais pour restreindre l’accès à un livre.

Carambol’Ange est un Pépix qui serait plutôt destiné aux 8-12 ans. Qu’avez-vous ressenti durant l’écriture de ce Pépix?

C’était un livre hyper agréable à écrire, qui m’a vraiment emportée (ce qui n’arrive pas toujours !). Ca faisait longtemps que je voulais ‘mon’ école magique… et toute une batterie de personnages grandioses et grotesques pour aller avec. Et j’ai adoré décrire les balades en taxi volant (alors que je suis tellement terrifiée par l’avion que je suis sous Lexomil pour le moindre petit vol d’une demi-heure).

Vous avez plusieurs romans ados chez Sarbacane. Etes-vous particulièrement à l’aise avec la tranche grands adolescents?

Pas forcément, non ! Je suis ‘tombée dedans’ un peu par hasard avec La pouilleuse, et ça m’a plu, donc j’ai continué avec Comme des images, et j’avais dans l’idée de faire un triptyque sur la jeunesse dorée parisienne. Finalement, ça ne s’est pas fait. J’ai préféré m’évader en province pour Les petites reines. La jeunesse dorée parisienne y réapparaît trois secondes vers la fin, et je pense que ça suffit.

Prêtez-vous attention durant l’acte d’écriture à la tranche d’âge à laquelle s’adressera a priori votre texte? Ou l’acte d’écrire précède-t-il les réflexions du public et de l’insertion dans une collection?

Non, j’y prête beaucoup d’attention, à la fois avant et pendant l’écriture. Maintenant que je fais beaucoup de visites d’école, je teste un peu mes blagounettes et je vois si ça marche, j’écoute les enfants et je leur vole leurs questions et leurs problèmes de manière franchement éhontée. Ca ne m’obsède pas, la question du lecteur, mais elle est toujours là quelque part. J’ai du mal à croire les écrivains (jeunesse ou autre, d’ailleurs) qui disent qu’ils ‘écrivent pour eux et puis c’est tout’. Je pense soit qu’il se trouve que leur psyché est miraculeusement connectée à celle de toutes les autres de la planète, soit qu’ils sont d’un narcissisme pathologique. Dans la première catégorie, il n’y a qu’une seule personne, J.K. Rowling. Le reste => narcissisme pathologique.

* Travailler avec un éditeur, avec Tibo Bérard *

Comment est-ce de travailler avec Tibo? Aimez-vous travailler avec lui? (Note : Tibo Bérard dirige les collections Pépix et Exprim’.)

Tibo a la réputation de corriger les manuscrits quinze fois avec son propre sang, de protéger sa collection tel Harpagon sa cassette, et de chouchouter ses auteurs comme si c’était des chatons mignons. C’est une réputation entièrement méritée. Petite anecdote : bien avant de travailler avec Tibo, je bavardais un jour avec un/e Auteur-Phare-de-la-Maison (expression qui m’évoque toujours un gros insecte luisant) qui avait été fortement courtisé/e par des Grands Editeurs pour Adultes. Ayant exprimé mon étonnement qu’ilouelle ne donne pas leur chance à Monsieur Gallimard ou Madame Flammarion, l’auteur me répond : ‘Tibo, il bosse avec moi pendant six, sept, huit mois sur mon manuscrit. Il couvre des pages et des pages de notes, il me parle au téléphone pendant deux heures. C’est ça que je recherche comme relation avec un éditeur, pas juste écrire un truc qui va être corrigé deux fois et se perdre en collection blanche. Avec Tibo, j’apprends toujours des choses.’ J’étais dubitative… et maintenant, comme, je pense, tous les auteurs Exprim’, je suis conquise. Avec Tibo, j’ai appris plus en deux ans que si j’en avais passé vingt avec un éditeur normal. Son anormalité est donc fort enrichissante. Tiens, j’ai pondu un billet de blog sur notre épuisante exaspérante fascinante productive collaboration : http://clementinebleue.blogspot.co.uk/2013/12/les-editeurs-qui-meditent.html

En exclusivité, je vous donne un exemple de gribouillage Tiboesque dans les marges des Petites Reines (me reprochant ici de multiplier les ‘je dis, il dit, elle dit’ dans tous mes dialogues) :

CB2

Et voili, c’est fini, c’est maintenant le temps des remerciements :

Clémentine : un très grand *merci*.

J’étais ravie de préparer ces questions et encore plus de découvrir vos réponses!

Et *merci* à la maison Sarbacane itou, à Juliette pour cette super proposition, à Tibo aussi, of course 😉

Vous pouvez découvrir d’autres interview de Clémentine :

Filez vite chez Bob & Jean-Michel, chez Audrey et chez Marinette également!

Vous êtes encore là, vous avez un peu de place pour un peu de son et quelques images?

Ci-dessous, vous pouvez écouter la bande-son du roman Les Petites Reines :

Et voilà le teasing des Petites Reines :