“Papa, pourquoi tu me protèges pas ?”

Papa m’a dit cent fois comment faudrait que je sois. Qu’un garçon, ça pleure pas, ça se laisse pas faire.

Il a 13 ans. Ou plutôt « cent quarante-deux. »

« Usé, fatigué, amoché. A force de ressasser la peur, j’ai rogné tous les points d’appui (…). » Il se fait traiter de pédé au collège. Sa vie scolaire est un enfer, le groupe des Laurent-Vincent-Julien le harcèle, il rase les murs, s’ingénie à ne pas exister mais où qu’il passe, tous les chemins le « menaient à la peine ». La vie à la maison est marquée par les colères du père. Pour lui, c’est la faute de son fils s’il revient dans un sale état… « il dit que je suis une mauviette, il dit qu’il comprend pas pourquoi je suis comme ça, parce que « lui, à mon âge… ». Il dit que je manque de courage, que je dois pas être faible devant les autres. »

Sarah se tient à ses côtés. Elle s’en fout s’il aime les garçons. Mais ça ne suffit pas, il veut l’aide de son père, l’amour de son père. Il veut entendre les quelques mots qui lui donneront la force de se lever et de tenir debout, de se défendre et d’être lui-même.

Un après-midi, il n’en peut plus, il a désespérément besoin de son père.

J’veux plus me taire, j’peux plus me taire, parce que ça me tue, vraiment ça me tue. J’ai trop de bleus à l’intérieur. Papa, c’que j’veux, c’est mourir, tu comprends pas ?

Le père voit enfin la détresse de son fils. Il entame une discussion au cours de laquelle les mots sésames seront prononcés.

Des mots qu’un fils n’oublie pas… (et que je ne révèle pas ici ;-) )

Papa m’a dit une fois, une seule, ces mots que je n’oublierai pas. Les seuls mots qui comptent. Les seuls mots qui rendent fort.

✲✲✲

Ce texte est un coup de poing. Il se lit d’un seul coup, dans un seul souffle. Peu importe qu’il soit samedi soir 23h40 et quelques, que vos yeux tendent à se fermer… une fois commencé, A copier 100 fois se termine. Antoine Dole signe un texte très fort et très juste émotionnellement sur l’exclusion, l’homophobie et plus largement la différence, sur le fait de se sentir étranger, à côté, pas digne d’être en vie… et moi, je dis : Antoine Dole, bravo.

.

A copier 100 fois d’Antoine Dole. Sarbacane. 6 euros.

Madeline et Jean l’ont également lu!