*Songe à la douceur* de Clémentine Beauvais

20160605_172556-1-1

(…) là où le présent caresse,
plus tard le passé pince.

C’est une de mes phrases préférées de *Songe à la douceur*. Un roman-hommage à Eugène Onéguine d’Alexandre Pouchkine signé Clémentine Beauvais ; un roman parfaitement audacieux dans la forme (c’est un novel in verse ou roman en vers libres) dont la parution, attention, est prévue le 24 août prochain chez Sarbacane dans la collection Exprim’.

J’aime aussi beaucoup cette phrase-là :

Tatiana se met à attendre l’arrivée
désormais quotidienne
de l’absence d’Eugène.

Et ce passage-ci :

(…) c’est ce que je me souhaite,
et c’est ce que je te souhaite à toi aussi,
que l’on vive, peut-être,
ce tout :
un amour
plein, frais et rond comme une pomme verte,
un amour
qui tient exactement dans tes deux mains ouvertes (…)

*Songe à la douceur* m’a accompagnée plusieurs jours au début de ce mois de juin. On suit Tatiana et Eugène qui vont se tourner autour de manière plus ou moins assumée durant plusieurs années. Il y a dans ce texte les ravages de l’amour et la peur de se dévoiler ; il y a des esprits torturés entre doutes atroces et certitudes potentiellement dangereuses (il n’est pas bon d’être trop sûr de soi et Eugène l’est un peu trop souvent…). Il y a dans *Songe à la douceur* de l’amour fou / exclusif / passionné / de l’amour sans concessions. Tatiana m’a fait penser à Ariane de Belle du Seigneur à plusieurs reprises et je me suis revue, adolescente, avec des sentiments très similaires.

Il y a dans *Songe à la douceur* la volonté de réussir, de vivre quelque chose de vrai et d’unique, la volonté de ne pas se tromper et de savoir de manière sûre quel chemin on doit prendre… sauf que ça, ça n’existe pas, « le chemin parfait sans erreur qui te fait te sentir épanoui durant toute ton existence ». Alors il faut oser / vivre / donner une chance / essayer / se planter, peut-être. Et si on se casse les dents, tant pis, car l’important, c’est de profiter du présent, profiter du m.o.m.e.n.t.
Et demain ?? On verra bien.

Clémentine Beauvais se montre dans ce nouveau roman d’une générosité folle et fait preuve d’un sens de la narration parfaitement maîtrisé. Elle ose la forme du novel in verse encore peu connue et usitée en France, et tout cela avec brio. Ce n’est pas intimidant et on n’est jamais perdus ; c’est un texte d’une modernité étonnante, et les personnages nous font tour à tour sourire, réfléchir, s’émouvoir et s’offusquer.

Dès le 24 août prochain, je ne saurais trop vous recommander de filer chez votre libraire, de vous procurer un exemplaire de *Songe à la douceur* et de l.i.r.e. (Ne dévorez pas trop vite, même si c’est tentant 😉 . Prenez le temps de savourer la relecture de certains passages, arrêtez-vous sur les mises en page qui apportent du sens, lisez des passages à voix haute…

20160623_174958Cette page est sublime…

Note : Clémentine Beauvais est également l’auteur du formidable roman Les petites reines.

*Sauveur & fils* de Marie-Aude Murail

1Sauveur Saint-Yves est veuf, papa de Lazare et exerce avec passion la profession de psychologue clinicien. Sauveur reçoit ses patients à domicile et Lazare, 8 ans, sait beaucoup de choses sur eux et la relation qu’ils entretiennent avec son père – mais ça, Sauveur ne le sait pas encore…

Lazare s’occupe beaucoup tout seul après l’école (et notamment en écoutant les consultations de son père) ; les journées de Sauveur sont bien remplies, les clients de tous âges défilent pour déposer leurs peines et Sauveur ne se rend pas encore compte que la personne chargée de garder son petit garçon est notoirement nocive et raciste – mais il l’apprendra bientôt.

Sauveur et Lazare sont très indépendants l’un de l’autre et on sent que quelque chose retient leur élan pour aller l’un vers l’autre. Dans ce roman, bien que les patients soient nombreux (et que chacune de leur histoire soit passionnante), Sauveur et Lazare vont se rapprocher ; ils vont apprendre à se confier l’un à l’autre. Sauveur va raconter un peu de leur passé commun et Lazare va oser confier ses peurs. J’ai terriblement aimé la relation père – fils dans ce roman. Elle a des défauts, Sauveur n’est pas un papa parfait, il y a des prises de conscience et des réveils tardifs mais tellement d’amour. Un amour et un attachement qui ne savent pas toujours quel chemin prendre, mais Sauveur et Lazare vont apprendre à dire plutôt que taire et à être ensemble.

Marie-Aude Murail aborde toujours naturellement et sans complexe 1000 choses ; ce qui fait nos vies et préoccupe nos quotidiens ; avec une verve, un allant et un humour qui lui sont propres. Ici, le racisme et le poids de la différence, la famille et l’amitié, la folie et la maladie sont tour à tour au cœur des chapitres de ce formidable texte qui se dévore. Quelle galerie de personnalités épatante dans ce roman! On en redemande des personnages comme ça… et bonne nouvelle, Marie-Aude Murail va continuer à les faire vivre dans une saison 2!

Pour finir… #1 : Sauveur & fils est un de mes gros coups de cœur du printemps, j’adore ce roman et c’est à dévorer dès 12-13 ans – et après, il n’y a pas de limites !

Pour finir… #2 : le roman est émaillé de pas mal de chouettes passages à relever, des petites phrases qui font tilt, en voici une :

(…) on ne sauve pas les gens d’eux-mêmes, Lazare. On peut les aimer, les accompagner, les encourager, les soutenir. Mais chacun se sauve soi-même, s’il le veut, s’il le peut. Tu peux aider les autres, Lazare.
Mais tu n’es pas tout-puissant. JE n’étais pas tout-puissant.

Ci-dessous, écoutez Marie-Aude Murail herself lire un extrait de son roman :

Sauveur et fils – saison 1 de Marie-Aude Murail est publié à l’école des loisirs, il paraît cette semaine en librairie (17 euros).

*Robin des graffs* de Muriel Zürcher

robin des graffsSam a coutume de penser que sa vie sera finie sitôt qu’il aura achevé de reproduire en graffs sur les murs de Paris les images du livre fétiche de son enfance (un bestiaire des années 1960). Il est pourtant à peine majeur… C’est sans compter sur sa rencontre avec Bonny. Cette dernière a 5 ans 3/4, un bagou choc, une innocence irrésistible et le puissant désir d’être aimée et adoptée.

Un jeune Black, taille de basketteur, carrure filiforme à la Giacometti, qui donnait la main à une enfant au blouson aussi coloré qu’un cupcake. Le buste du garçon se penchait vers la petite, pour éviter de trop tirer sur son bras, à moins que ce ne soit pour mieux l’écouter babiller ses histoires.

Sam freine des 4 fers quand il s’agit de se lier à un autre être humain mais sitôt Bonny rentrée dans sa vie, cela change. *Robin des graffs* est un roman d’une richesse humaine folle. C’est une réunion de cabossés de la vie qui vont mener leur barque un peu plus facilement qu’auparavant grâce à leur rencontre. *Robin des graffs* est un roman où l’on rit, où l’on s’émeut et qui fait réfléchir ; il donne envie de sourire, de lever le nez – et d’aller à la boulangerie aussi :-)

Quelques extraits :

– Si on était tombés, on est morts ? demanda-t-elle.

– T’as peur ?

– Tout le monde a peur de la mort, répondit-il.

– Alors, t’as peur ? insista l’enfant.

– Moi, j’ai peur de mourir avant d’avoir fini de vivre.

– Aimer, c’est risquer de souffrir. Mais vivre, c’est quoi? Tu peux me le dire ? C’est resté terré tout seul dans un appart avec boulot-pizza-dodo au menu en attendant que ça passe? Pour ne surtout jamais blesser personne. Pour ne jamais souffrir de perdre quelqu’un. c’est ça que tu veux?

– (…) Souffrir parce qu’on a aimé, ça veut dire qu’on a au moins des souvenirs, qu’on a un passé.

Est-ce que le bonheur c’est ce moment d’insouciance alors que le malheur n’a pas encore frappé?

Cette question qui lui traversait l’esprit n’appelait pas de réponse. La vie, ça ne prévient pas.

Robin des graffs est un (excellent) roman signé Muriel Zürcher et il est paru chez Thierry Magnier.

❆ Mon calendrier de l’Avent des livres #8 : *Harry Potter à l’école des sorciers* illustré par Jim Kay ❆

1J’ai lu mon premier Harry Potter il y a tout juste 15 ans, c’était fin 2000. Depuis, je suis restée très attachée à la série de romans. Je les ai tous attendus patiemment, tous dévorés et certains même plusieurs fois.
En cette fin d’année, le premier volume, *Harry Potter à l’école des sorciers*, sort dans une édition grand format et tout illustré en couleurs par Jim Kay. J’ai été conquise par son univers et ses couleurs dès que j’ai vu les premières images. Et j’ai craqué pour l’ouvrage seulement quelques jours après son arrivée à la librairie. Le voir, feuilleter quelques pages me donne immanquablement envie de le relire, de lire des passages à voix haute. C’est une très belle parution!
(A noter : le texte est dans sa version intégrale!)

2 3 4*Harry Potter à l’école des sorciers* de JK Rowling et Jim Kay est paru chez Gallimard Jeunesse (39 euros).

*La folle rencontre de Flora et Max* de Coline Pierré et Martin Page

EDIT du lundi 23 novembre :

P1090264*La folle rencontre de Flora et Max* est arrivé en librairie!

Et voici ce que j’en disais fin septembre :

wpid-img_20150920_083818Dimanche matin 20 septembre. J’ai fini à 8h et quelques *La folle rencontre de Flora et Max* de Coline Pierré et Martin Page, un roman écrit à 4 mains donc, qui paraîtra en novembre prochain à l’école des loisirs.

Présentation de l’éditeur :
« Lorsqu’elle découvre l’étonnante lettre de Max, Flora est à la fois heureuse et troublée, elle reçoit peu de courrier depuis qu’elle est en prison… Que peut bien lui vouloir ce garçon excentrique qui semble persuadé qu’ils ont des points communs ? Que peut-il partager avec une lycéenne condamnée à six mois ferme pour avoir violemment frappé une fille qui la harcelait ? Max ne tarde pas à révéler qu’il vit lui aussi enfermé. Il a quitté le lycée après une grave crise d’angoisse, depuis, il ne peut plus mettre un pied dehors et vit retranché chez lui, avec ses livres, son ordinateur, son chat gourmet et son ukulélé. Flora et Max vont s’écrire, collecter chaque jour des choses lumineuses et réconfortantes à se dire, apprivoiser leur enfermement et peu à peu, avec humour et fantaisie, se construire une place dans le monde. »

Comme j’aurais aimé lire un roman pareil étant ado… Qu’est-ce que j’ai aimé cette amitié épistolaire et cette construction / reconstruction de soi qu’elle permet ; de même que cette émulation que fait naître le fait de ne pas encore connaître l’autre « en vrai ». Flora et Max sont tout jeunes et ont peu de confiance en l’avenir mais s’écrire et s’en remettre à l’autre va leur redonner confiance en eux et l’envie de sortir de leurs prisons – réelles ou imposées – va poindre son nez!

Les oeuvres de Sylvia Plath et Fernando Pessoa sont présentes tout au long du texte et les citations choisies sont parfaites. Bon, bref, j’ai terriblement aimé *La folle rencontre de Flora et Max* et pour finir, je dirais… *Vive les lettres, les marionnettes et les bouquetins des Pyrénées!*

Instants choisis :

(…) l’idéal serait que la douceur soit la norme, mais j’ai peur qu’on n’en prenne pas le chemin.

 

J’ai lu la fiche Wikipédia de Sylvia Plath. Je suis triste d’apprendre qu’elle est morte si jeune. J’ai parcouru ses *Journaux* et je les trouve magnifiques et inspirants. Elle écrit par exemple : « Mais comment font les gens pour être ensemble?

 

Je n’ai pas le choix : je dois m’inventer un avenir possible.

Pour en savoir plus, filez par ici (et cliquez sur le lien de l’interview de Sylvie Dodeller à la fin, elle est super!).

*La Belle rouge* de Anne Loyer

Belle rougeMarje est camionneuse ; elle a la soixantaine et un peu d’embonpoint. Son camion, qu’elle nomme La Belle rouge, est son lieu de travail depuis 25 ans ainsi que son lieu de vie une bonne partie de l’année. C’est peu de dire qu’elle l’aime sa Belle rouge ! Il est son antre, l’endroit où elle se sent elle-même.

Kader a 16 ans. Depuis que sa mère l’a laissé à ses 7 ans, il va de famille d’accueil en foyer et de bêtise à grosse galère. Il s’est enfui du centre d’éducation renforcée où il vivait depuis plusieurs mois et se retrouve dans le camion de Marje un matin.

Leur rencontre va provoquer des étincelles. Tous deux sont des grands solitaires, mais la route va délier leurs langues. Ils vont faire un bon bout de chemin ensemble (ils vont traverser la France du Nord au Sud) et du coup, avoir le temps de revenir sur leurs passés respectifs, sur des traumatismes tus mais pas oubliés (l’abandon de sa mère pour Kader ; la rupture avec son fils pour Marje). Ce road-trip va donner le courage à chacun d’affronter sa plus grande peur pour – on l’espère – un meilleur avenir.

Le passé n’écrit pas forcément l’avenir. (…) c’est pas parce que le passé est moche que l’avenir doit l’être aussi.

La Belle rouge est un récit fort et original signé Anne Loyer. Je l’ai lu presque d’une traite, les histoires de ces écorchés vous happent sitôt les premières pages lues. C’est l’histoire d’une rencontre qui change tout, un laps de temps court – quelques heures – qui permet de faire table rase du carcan du quotidien.

La Belle rouge est un roman signé Anne Loyer qui vient de paraître chez Alice jeunesse dans la collection Tertio (12 euros).

 

*Dysfonctionnelle* de Axl Cendres chez Sarbacane

— Mise à jour du 9 octobre : j’ai parlé de Dysfonctionnelle il y a quelques semaines ici et ça y est, le roman est sorti cette semaine en librairie! —

Je parle d’un roman aujourd’hui. Enfin, pas tout à fait parce que je ne dis rien de l’intrigue et des personnages dans ce billet… Je parle des émotions qu’il a fait naître en moi, je ne pouvais pas les garder alors ne m’en veuillez pas si vous n’apprenez pas grand chose sur l’histoire :-)

P1090127Le texte en 4ème de couverture : Fidèle, alias Fifi, alias Bouboule, grandit dans une famille dysfonctionnelle ; Papa enchaîne les allers-retours en prison, Maman à l’asile ; mais malgré le quotidien difficile, Fidèle vit des moments de joie,  entourée de ses six frères et sœurs aux personnalités fortes et aux prénoms panachés : Alyson, JR, Dalida, Jésus… Cette tribu un peu foldingue demeure Au Bout Du Monde, le bar à tocards que tient le père dans Belleville, théâtre de leurs pleurs et rires…
À l’adolescence, la découvre de son « intelligence précoce » va mener fidèle à « l’autre » bout du monde : un lycée des beaux quartiers où les élèves se nomment Apolline ou Augustin, et regardent de haut son perfecto, ses manières de chat de gouttière et ses tee-shirts Nirvana. Mais c’est là que l’attend l’amour, le vrai, celui qui forme, transforme… CELUI QUI SAUVE.

P1090130Mon exemplaire est tout annoté et plein de pages sont marquées. *Dysfonctionnelle* m’a transportée, voilà.

P1090131« Je pense qu’on ne tombe pas amoureux d’un garçon ou d’une fille, mais d’une personne. »

J’ai commencé *Dysfonctionnelle* ce dimanche matin et l’ai fini en fin d’après-midi. Il m’a tourneboulée, il m’a fait me bidonner et il m’a émue aux larmes, il a profondément résonné en moi… C’est un roman rare. Où l’on voyage dans le temps et les émotions. Où l’on a mal autant que l’on rit.
*Dysfonctionnelle* donne furieusement envie de vivre, de rire, *d’essayer*, et tant pis si on se casse les dents, il faut continuer.
Ahh, *Dysfonctionnelle* donne faim aussi :-) . Le passage avec le pain perdu de Zaza, ouh là là, je ne dis que ça!
*Dysfonctionnelle* est un *grand* roman, signé Axl Cendres, et il sortira le 7 octobre prochain chez Sarbacane dans la collection Exprim’.

P1090128 P1090129

Ah, je vais finir ce billet par une déclaration aux héroïnes…

 – Fifi, je t’aime.

 – Sarah, tu n’as pas à être jalouse car c’est en tout bien tout honneur :-)

*J’ai peur de savoir lire* de Olivier de Solminihac et Juliette Baily

1Cette année en CE2, il y a plein de devoirs à faire le soir. Ça fait peur. Comment y arriver? Voilà la question que se pose Stéphane. Heureusement, sa maman va l’aider! Par des jeux, et surtout par de la lecture à 2. Se met en place un beau rituel le soir :

(…) je prends l’habitude de lire tous les soirs avec maman, chacun un petit peu. On lit plein de choses différentes : des bandes dessinées, des romans, des livres sur les dinosaures ou, quelquefois, le journal. Maman dit que la lecture c’est une question d’endurance, comme faire de la natation ou du vélo ou du dessin : plus on en fait et plus c’est facile d’en faire.

Et Stéphane va prendre de plus en plaisir à lire…

Les matins de pluie, j’ai le droit d’en emporter un (un livre) à l’école. Sous le préau qui grésille et qui résonne de mille cris, je m’installe au coin calme, où on peut être seul au milieu des autres. Ça ne dure pas forcément plus de quelques minutes, parce qu’il y a les cartes à échanger, les bracelets d’élastiques à fabriquer, les ballons à envoyer dans les lucarnes, mais c’est bon tout de même.

Maman dit : l’appétit vient en lisant.

Et c’est vrai que maintenant, tous les soirs j’ai faim.

Bientôt, maman suggère de laisser lire Stéphane seul le soir. C’est le drame pour lui, c’est une terrible punition que lui donne sa maman :

A partir de maintenant, tu vas pouvoir lire tout seul le soir. Je dis : Comment?! Maman dit : Eh bien, tu vois, ce n’est pas si difficile. Je dis : Qui… je… c’est que…

Les larmes montent au coin de mes yeux plus vite que les mots dans ma gorge. Je parviens tout de même à demander pourquoi.

Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter une telle punition? Même madame Valmore n’en a jamais inventé de si pénible.

Maman prend un air surpris. Elle dit que c’est tout le contraire d’une punition. C’est simplement la preuve que je grandis.

(…)

Grandir, c’est apprendre à devenir seul.

Je lui fais mes yeux tonnerre. Si c’est ça, je ne suis pas certain de vouloir grandir. Est-ce que Peter Pan savait lire, lui?

Grandir, c’est apprendre à devenir seul : voilà l’avis de la maman de Stéphane. Et ce dernier a bien du mal à se faire à cette idée. Il va tenter de l’apprivoiser, mais au fil des jours, il trouvera sa propre variante et la soumettra à sa maman…

On n’apprend pas seulement à être seul. On apprend aussi à être avec les autres. Quelquefois seul, quelquefois avec les autres, ça dépend.

(…)

Je m’allonge dans le lit et j’ai comme l’impression que mes pieds touchent l’extrémité. Je dois avoir grandi.

 

(Après ça, le roman se termine bientôt, mais je ne révèle pas la fin ici, il vous faudra la découvrir par vous-même, elle est belle comme tout et donne confiance! ;-))

Ce n’est pas facile de grandir, et encore moins d’en avoir envie pour beaucoup d’enfants. Comment avoir envie de faire les choses seul? C’est une bien bonne question et elle est au cœur de ce Mouche. Grandir / avoir confiance en soi / être seul – ou pas tout à fait : Olivier de Solminihac aborde avec une grande justesse des thèmes qui nous touchent tous, petit ou grand (la maman aussi a des enseignements à tirer dans cette histoire!).

Qu’est-ce que j’ai aimé J’ai peur de savoir lire! Le quotidien de cette famille monoparentale se lit d’une traite et avec émotion. Les passages sur la lecture et les livres sont juste ❤, c’est un régal de les découvrir et de les relire! Quant aux dessins de Juliette Baily, drôles et discrets en même temps, ils accompagnent bien le ton de l’auteur je trouve.

J’ai peur de savoir lire de Olivier de Solminihac et Juliette Baily est publié par l’école des loisirs dans la collection Mouche (8 euros).

*Hisse et Ho – Le phare mystérieux* de Anne Loyer et Anne Montel

P1080996

La mer se colore de mille éclats argentés. C’est vraiment beau.

Hisse (Athénaïs) et Ho (Hélios) sont jumeaux. Leur année de 6ème s’achève et ils vont apprendre une grande nouvelle… Leurs parents rêvaient depuis des années d’acquérir un voilier pour faire un tour du monde. Après des années d’économie et de volonté, le rêve devient réalité et la famille Escampette va jeter l’ancre.

Le voyage commence. Pas le temps de respirer que Ho est déjà bien malade (il a le mal de mer et les premiers jours seront pour lui bien difficiles !). Heureusement, la première escale n’est pas loin. L’Île aux fleurs, par ses paysages et ses mystères*, saura remettre d’aplomb Ho! * Des mystères? En effet, il se passe des choses louches autour du phare ; Hisse et Ho vont s’intéresser de près à tout cela.

Quelle jolie relation y a-t-il entre le frère et la sœur, on a vraiment plaisir à les suivre. Elle fait « la grande » aussi bien qu’il joue « au dur » mais ils s’adorent. C’est un texte pétillant que signe Anne Loyer. Rempli de bons mots et autres délicieuses expressions, les chapitres se succèdent avec rythme et on en redemande! Ajoutons à cela un suspense efficace, de l’Aventure et de l’évasion, de la gourmandise et plein d’humour : voilà un premier tome dont j’attends impatiemment la suite – le 2ème tome est prévu pour janvier 2016!

Hisse et Ho. Le phare mystérieux de Anne Loyer (avec des illustrations de Anne Montel) est paru chez Bulles de savon (167 pages – 9,90 euros).

*Il était 2 fois dans l’Ouest* de Séverine Vidal et Anne-Lise Combeaud chez Sarbacane

1

(…) les paysages peuvent vous retourner le cœur comme une crêpe.

Luna vit en France, a 11 ans et une chance folle cet été-là (enfin, je trouve!) : elle va passer un mois aux États-Unis, en Arizona précisément, avec sa mère. Celle-ci est maquilleuse pour le cinéma et est engagée pour un tournage là-bas. Passé les difficiles au-revoir avec son petit frère (c’est dur pour lui ! il a compté le nombre de dodos que sa grande sœur va passer loin de lui – 33 ! 33 dodos hors de la maison, c’est long !), le voyage file vite et Luna arrive en Arizona et c’est ♥♥♥! Jugez plutôt :

3Josh a 11 ans également. Il vit en Arizona et il aurait aimé passer ses vacances ailleurs qu’à la Réserve (Josh est un Indien Navajo) mais il sera coincé là à cause d’un évènement familial (sa sœur organise sa kinaalda – cérémonie de puberté).

Luna et Josh vont se rencontrer et assez vite s’apprécier. Heureusement, car ils vont connaître pas mal de galères (notamment une rencontre avec un coyote dans le désert ; sans compter le terrible Sloppy Joe qui va les prendre en otage…) et donc passer pas mal de temps ensemble.

Il était 2 fois dans l’Ouest, c’est de l’Aventure avec un grand A et des paysages à couper le souffle ; c’est aussi la découverte d’une autre manière de vivre et d’appréhender le monde : celle des Navajos. On a plaisir à découvrir un peu de leur histoire au fil du récit, leur manière de se nommer, les cérémonies rituelles de la puberté ou bien celle de la guérison.

Séverine Vidal nous donne à voir, et à vivre, une vraie tranche de quotidien américain. Elle a parfaitement mouliné de très bons ingrédients (l’aventure, une belle amitié amoureuse, des paysages de rêve). Sa plume drôle, émouvante et… belle, tout simplement, ne peut qu’emporter le lecteur (j’ai eu plaisir à retrouver des choses ressenties lors de mes voyages aux Etats-Unis et ça m’a donné des frissons!). Je termine par un mot sur les illustrations d’Anne-Lise Combeaud. Elles sont tour à tour drôles (cf. le bonus 1 avec Odette la poule :-) ), touchantes (cf. les pp. 168-169…), et comment dire… vraies. On se croirait là-bas grâce à ses dessins et ses paysages, c’est très fort!

4Un peu du bonus 1 avec Odette :-)

En résumé : Il était 2 fois dans l’Ouest est un très très bon Pépix!

Moi, j’adore ça, les voyages en avion : voler, rêver, faire le bilan de l’année en regardant les nuages, observer les petits rituels des passagers en stress…

 

*Il était 2 fois dans l’Ouest* de Séverine Vidal et Anne-Lise Combeaud chez Sarbacane (Pépix). 10,90 euros.

5Séverine Vidal a une double actualité!

C’est aujourd’hui que sort Il était 2 fois dans l’Ouest, et il y a aussi l’excellent Quelqu’un qu’on aime dans la collection Exprim’.